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< Chapitre 12
Yrsa Delacroix

Yrsa

Hannah Galaway

Hannah

Walter Penfrom

Walter

Andras Visarin

Andras

Sidonie Wallorn

Sidonie

Lucas Roselys

Lucas

Lydia Sorel

Lydia

Erik Olsson

Erik

Sarah Garden

Sarah

Cadre

TOME 1 : la BMRA - Partie 2

CHAPITRE 13

«LA SENTENCE DE GLACE»

Année 2117 | 25 janvier, 9 h 30 – Site Mu, Golden Valley, Santa Clarita - Californie

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Deux mois s’écoulèrent depuis l’arrivée du groupe composé de Sidonie, Hannah, Lucas et Erik au sein du site Mu. Leur situation n’évolua guère comme ils l’espéraient. Malgré les visites périodiques de Walter et de Lydia, qui passaient de longues heures à discuter des changements notables dans cette réalité alternative concernant la BMRA et l’état du monde, Andras écoutait bien plus qu’il ne révélait d’informations importantes, surtout lorsqu’il était question de Jane et de Hiro, toujours absents. L’homme masqué considérait cette anomalie temporelle de Sidonie comme trop extraordinaire, et trop dangereuse, pour être rapportée brutalement à Yrsa Delacroix, la dirigeante du site Mu, qui aurait probablement mis fin sans hésitation à la fragile sécurité dont bénéficiaient les quatre variants.

Ils étaient dissimulés dans une partie du complexe où peu de gens osaient se rendre, hormis Andras et les anciens résidents du site Alpha. Celui-ci traînait une réputation aussi tragique que la Mort elle-même : certains l’admiraient pour son charisme et ses exploits de pirate et de mercenaire, tandis que d’autres le haïssaient et le considéraient comme un dangereux pestiféré.

Andras Visarin n’éprouvait aucune véritable affinité pour Yrsa Delacroix, qu’il connaissait depuis peu et qui différait profondément de Jane Roselys. Il usa de tact, de patience et d’une diplomatie presque irréprochable afin de ne pas s’attirer les foudres de son hôte, une femme au caractère hautain et glacial. Yrsa tenta à maintes reprises de deviner les traits de l’homme dissimulé derrière ce masque blanc, mais il entretenait le mystère de son identité avec une aisance presque insolente, ce qui ne faisait qu’attiser la curiosité de ceux qui l’observaient. Comme ses propres hommes, Yrsa semblait craindre Andras autant qu’elle appréciait sa prestance froide et son détachement presque aristocratique.

Des rumeurs circulaient même dans les couloirs du site Mu : certains prétendaient qu’Yrsa admirait le corps d’Andras lorsqu’il passait de longues heures près de la cheminée à contempler les flammes. On racontait qu’il avait été aperçu tenant une rose rouge, tandis que sa chemise ouverte laissait entrevoir un torse d’Apollon, sculpté avec une perfection presque irréelle et dépourvu de la moindre pilosité. Il était assis dans un fauteuil confortable d’une place, jouant avec la rose avec raffinement et délicatesse entre ses doigts puissants, tandis que la lumière du feu ondulait sur son masque dépourvu de la moindre émotion. Même s’il se savait observé, Andras contemplait le monde autant qu’il attirait l’attention.

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Sidonie sortit finalement de son coma temporaire et retrouva peu à peu quelques couleurs grâce aux soins prodigués par le docteur Sorel. Pourtant, la jeune femme s’enferma dans un mutisme presque absolu, comme si son esprit avait érigé autour d’elle une forteresse invisible. Elle ne cessait de penser à son amant mort dans la précédente réalité temporelle, et aux hommes qu’elle avait tués de sang-froid en leur plantant leur propre couteau directement dans le cœur. Cette violence ne lui ressemblait pas, et malgré la nécessité de survivre et de sauver ses amis, elle avait le sentiment de s’être perdue dans une part d’elle-même qu’elle ne reconnaissait plus. Elle passait de longues minutes à se laver les mains jusqu’à en abîmer sa peau, comme si un sang invisible maculait encore ses doigts. Sa culpabilité la poursuivait dans les instants de solitude, et lorsque le sommeil tentait enfin de l’emporter, Sidonie revoyait le visage de Kahlan, ce visage où elle avait perçu la mort dans des traits épuisés et envahis par le désespoir.

Comme ses camarades, elle ne parvenait plus à distinguer clairement les frontières de cette nouvelle réalité temporelle. Tout semblait s’y mêler, se superposer, jusqu’à former une confusion constante. La confiscation de son pendentif par Andras la plongea dans un état proche du manque, une léthargie douloureuse semblable à celle d’une dépendance impossible à combler. Quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle espère encore, le désespoir continuait de ronger lentement son esprit.

Lorsqu’il venait lui rendre visite, Andras se montrait d’une douceur inattendue. Aucun geste brusque, aucune parole inutile ne franchissait les lèvres de l’homme masqué, qui se contentait parfois de la prendre dans ses bras lorsqu’elle se laissait submerger par les sanglots. Sidonie avait encore du mal à accepter qu’il soit vivant, lui qui était mort dans la précédente réalité en se sacrifiant pour elle. Pourtant, chaque fois qu’il se trouvait près d’elle, elle ressentait ce dévouement silencieux, cette présence attentive qui ne cherchait ni reconnaissance ni gratitude. Même lorsqu’elle ne disait rien, Andras restait là, assis dans un fauteuil, les mains posées sur ses jambes croisées, simplement pour lui rappeler qu’elle n’était pas seule. 

Il tint sa promesse en lui offrant une rose, que Sidonie conserva précieusement avant d’en retirer les pétales un à un, comme si elle cherchait à empêcher la fleur de se faner. Lorsqu’elle releva la tête vers lui, elle eut l’impression d’observer une entité hors du temps : un masque blanc entouré de cheveux blond vénitien tombant avec une régularité presque éthérée, tel un dieu mineur dont le cœur aurait cédé devant le charme d’une mortelle.

 

  • Je ne peux te sauver de tes tourments, petite fleur, chuchota Andras avec une douceur presque irréelle. Je veillerai sur toi jusqu’à ce que le temps lui-même m’ôte la vie.

  • Je l’ai perdu… perdu, sanglota Sidonie.

  • Tu as changé de réalité temporelle. Crois-tu que Kahlan soit déjà mort ?

 

Les yeux de Sidonie s’illuminèrent brièvement d’un espoir fragile, aussi vif qu’éphémère, avant que cette lueur ne soit balayée par un désespoir implacable qui replongea aussitôt son regard dans une obscurité résignée.

 

  • Je ne sais pas, avoua finalement la jeune femme d’une voix brisée.

  • Dans ce cas, prends le temps de penser aux vivants, et non aux morts. Ton cœur saigne aujourd’hui, mais ta vie, elle, ne doit pas être écourtée.

  • N’as-tu jamais perdu une personne, Andras ?

Andras ne s'attendait pas à une telle question. Un silence discret s’étira dans la pièce, comme si même les murs attendaient sa réponse.

  • J’ai perdu bien plus que des personnes, répondit-il finalement d’une voix basse et mesurée. Mon visage, mon identité, celui que l’on voulait que je sois… tout cela n’est qu’une illusion.

Il marqua une pause, puis inclina légèrement la tête vers elle.

  • Reprends des forces, ma douce colombe. Tu occuperas mes pensées, et ma loyauté t’est acquise.

​​

***

 

Lucas, de son côté, restait profondément marqué par ce bouleversement de réalité et par les conséquences qu’il faisait peser sur son avenir. Il profita de la présence de Lydia pour tenter d’obtenir des informations sur Jane, sur sa mère Illyria ainsi que sur les autres membres de sa famille. Mais elle ne put lui répondre avec précision : les communications avec l’Empire Europa étaient devenues extrêmement difficiles, sans compter les risques que ces tentatives faisaient peser sur ceux qui les entreprenaient. Lucas désespérait à l’idée que sa mère puisse être accablée par le chagrin, convaincue que son fils, celui de cette réalité, avait été exécuté par la BMRA.

Il utilisa ce temps contraint pour se confier à Lydia au sujet de ses propres tourments, cherchant à tourner la page sur plusieurs traumatismes de son passé. Lorsqu'il restait seul, Lucas se consacrait à un entraînement physique intensif afin de préserver sa condition, malgré l’absence de son bâton d’adamantium, toujours confisqué et conservé par Andras.

Les rapports entre les deux hommes demeuraient étranges. Andras continuait de lui rendre visite avec cette aura de mystère qui semblait s’épaissir au fil des jours. Il l’entraînait au combat rapproché, discipline dans laquelle Lucas échouait encore à chaque tentative. Pourtant, cette fois, il comprenait que l’homme masqué ne cherchait plus à souligner ses faiblesses, mais à le préparer. Andras tentait de lui redonner espoir, lui répétant qu’il devait préserver sa patience et lui assurant que ses amis étaient toujours en vie et en bonne santé.

Mais Lucas étouffait dans cette attente interminable, dans ce manque de liberté latent qui le renfermait toujours davantage loin des siens. Être enfermé entre quatre murs, tandis que le froid devenait chaque jour plus mordant et que le monde poursuivait sa chute au-dehors, nourrissait en lui une impatience qu’il parvenait de moins en moins à contenir.

 

Alors qu’il scrutait son reflet dans un petit miroir terni, Lucas sentit soudain des bras s’enrouler doucement autour de sa taille, suivis de lèvres qui déposèrent sur son cou des baisers légers, presque timides. Une vague de répit l’envahit aussitôt, dissipant pour un instant le tumulte de ses pensées.

  • Qu’est-ce que tu fais ? murmura-t-il.

  • Tu sembles tendu. Tu veux que je t’aide ? demanda une voix douce, tandis que les baisers continuaient de parcourir sa peau avec une lenteur presque taquine.

  • Arrête, s’il te plaît. Andras risque de débarquer d’une minute à l’autre.

À contrecœur, Erik interrompit ses gestes, comme si le simple nom d’Andras avait suffi à briser l’instant fragile qui s’était installé entre eux. Pourtant, il resta étroitement collé à Lucas, son menton reposant sur son épaule, ses bras toujours noués autour de sa taille.​

  • Tu crois que cet enfoiré se doute de quelque chose pour nous deux ?

  • Peut-être… répondit Lucas, visiblement préoccupé.

  • Je m’en fous, qu’il aille se faire voir, lui et les autres. On se barre tous les deux, dès qu’on en aura l’occasion…

 

Lucas posa délicatement sa main sur celle d’Erik, mais le léger mouvement de tête qu’il esquissa trahit aussitôt sa désapprobation face à ce plan facile qui ne promettait qu’une fuite de plus. Une telle décision allait à l’encontre de la promesse qu’il avait faite à Andras de détruire la BMRA. Lucas avait décidé d’en finir avec les fuites, d’arrêter de se cacher ou de laisser les autres porter le poids de ses responsabilités. La détermination d’acier qui passa dans son regard suffit à tendre l’atmosphère, et Erik comprit aussitôt qu’il avait franchi une limite invisible.

Le jeune homme se contenta alors de savourer une dernière étreinte silencieuse avant de murmurer quelques excuses, puis il rompit le lien télépathique qui reliait son esprit à celui de Lucas​

Car leur attachement secret s’était développé dans cet espace mental qu’Erik avait appris à maîtriser. Grâce à la télépathie, ils se retrouvaient dans un monde intime, un refuge invisible où ils pouvaient enfin être eux-mêmes, loin des regards et des dangers qui les entouraient.

Lucas, toutefois, tempérait souvent les élans passionnés de son jeune amant, refusant de se perdre dans une illusion, aussi réconfortante soit-elle, pour fuir une réalité devenue oppressante. Leur lien télépathique leur offrait pourtant des instants précieux : ils pouvaient discuter, se rassurer, et même recréer l’illusion d’une étreinte chaleureuse ou le calme fragile d’un sommeil partagé. C’était un abri discret, une parenthèse de douceur au milieu du chaos glacé dans lequel ils se trouvaient retenus.

Ces moments étaient essentiels pour leur équilibre, mais au fond de lui, Lucas aspirait à quelque chose de plus concret. Il rêvait d’une relation réelle, d’une passion vécue au grand jour, sans mensonges ni secrets, sans cette nécessité constante de se dissimuler pour survivre. Cela lui donnait la force de combattre l’agence, qui se renforçait davantage.

Ce stratagème permit à Erik d’échanger avec les deux jeunes femmes. Après plusieurs échanges avec Hannah, il découvrit un secret que seule la jeune femme, Lydia et Andras connaissaient. Lorsque le télépathe perçut cette révélation de taille au détour de leurs échanges mentaux, Hannah referma aussitôt son esprit avec une fermeté presque brutale. Elle refusa d’en dire davantage et se mura à son tour dans un silence opaque, comme si le simple fait d’évoquer cette vérité risquait de la rendre trop réelle. Erik n’osa pas en parler à Lucas ; il préféra garder cette information pour lui, convaincu que le moment viendrait, tôt ou tard, où cette vérité devrait être révélée.

 

***

 

Le matin du 25 janvier 2117, Andras conduisait un fourgon banalisé jusqu’à atteindre l’imposant portail d’une vaste école privée, guidé par des panneaux de signalisation lumineux à demi ensevelis sous une neige fraîche. Golden Valley School apparaissait comme un lieu improbable pour abriter une section du Projet HOPE, et pourtant, aucun soupçon des autorités ou de la BMRA n’avait jamais pesé sur cet établissement. Tout y était pensé, calibré, orchestré pour passer inaperçu, jusqu’aux agents eux-mêmes, jeunes pour la plupart, qui adoptaient l’apparence et les habitudes de véritables élèves d’un internat de la Fédération Unie. L’équipe pédagogique et technique assumait pleinement son rôle, conditionnant et entraînant près de deux mille variants avec la rigueur d’une armée en devenir.

 

Mais ce nombre croissant de recrues, rassemblées sous l’autorité de la directrice Yrsa Delacroix, ne relevait en rien d’un acte de charité. Elle n’éprouvait aucun scrupule à sacrifier ses troupes lors d’opérations d’envergure contre l’agence ou le gouvernement fédéral, privilégiant l’action brutale et la confrontation directe à toute forme d’infiltration. L’endoctrinement et la propagande anti-humains diffusés à Santa Clarita alimentaient un conflit idéologique grandissant entre Yrsa et Jane, un désaccord qui s’était lentement propagé à l’ensemble des sites dissimulés du Projet HOPE. Dans cette guerre silencieuse, les méthodes importaient peu ; seuls les résultats comptaient pour ceux qui aspiraient à anéantir la BMRA.

 

Les lourdes grilles de fer s’ouvrirent automatiquement pour laisser passer le véhicule, accueillant Andras, vêtu chaudement en prévision de la tempête de neige qui s’annonçait dans cette région reculée de Santa Clarita, en Californie. L’homme masqué observa les arbres centenaires qui bordaient le chemin, leurs branches ploient sous le poids d’une neige dense et récente. Lorsqu’il quitta le véhicule, un silence anormal s’imposa immédiatement à lui, pesant, presque irréel, comme si le lieu lui-même retenait son souffle après plusieurs jours d’absence. Un pressentiment glissa le long de son échine, une sensation diffuse mais persistante qu’il ne pouvait ignorer malgré son sang-froid légendaire. Quelqu’un l’observait.

 

Au sommet des marches du bâtiment principal, immobile, se tenait Yrsa Delacroix. Elle fixait Andras Visarin avec une intensité glaciale, semblable à une statue dressée à l’entrée d’un sanctuaire oublié. Âgée de soixante-dix ans, d’origine islandaise, grande et soignée dans son apparence dans un tailleur noir à carreaux blancs, elle rappelait par certains traits Jane Roselys, tout en s’en distinguant par une froideur plus tranchante encore. La glace était son élément, et elle ne la craignait pas, tandis que son regard ne tolérait aucun écart, aucune faiblesse. Autrefois mariée à Romain Delacroix, un activiste français opposé à l’Empire Europa, elle avait noué une profonde amitié avec Jane, avant que leurs divergences ne viennent fissurer ce lien jusqu’à le rendre presque inexistant.

 

Andras s’avança vers elle, ses cheveux dissimulés sous la capuche épaisse de son manteau.

 

  • Bonjour, madame.

  • Je vous attendais, Andras Visarin, répondit-elle avec une froideur maîtrisée. Où étiez-vous passé ?

  • Je vous répondrai dès que nous serons à l’intérieur, répliqua Andras sans détour.

 

Yrsa observa son interlocuteur, son regard tentant une fois de plus de percer le mystère de ce masque d’ivoire qui ne laissait rien filtrer. Après une brève inspiration, elle acquiesça.

 

  • Bonne idée. Une tempête approche. Serait-ce votre œuvre ?

  • Non, trancha Andras. Je n’ai pas le pouvoir de contrôler l'hiver. Je suppose que vous n’êtes pas étrangère à ce renforcement du froid et de la neige.

  • Vous êtes trop perspicace, monsieur Visarin, répondit-elle en esquissant à peine un sourire aux lèvres d’un rouge vif. Veuillez me suivre.

 

Dans le grand hall de l’école, Andras constata immédiatement l’absence inhabituelle de toute présence humaine. Le lieu, pourtant destiné à accueillir des centaines d’élèves, semblait vidé de toute vie. Instinctivement, il porta la main vers l’arme dissimulée sous sa veste, ses sens en alerte, comme si un danger invisible rôdait à proximité. Le silence, épais et oppressant, n’était troublé que par des bruits sourds, indistincts, qui semblaient provenir des profondeurs mêmes du bâtiment. Ils traversèrent plusieurs portes verrouillées par des mécanismes holographiques, puis s’engagèrent dans de longs couloirs faiblement éclairés, encombrés de meubles anciens et de tapis lourds qui étouffaient leurs pas, renforçant encore l’atmosphère lugubre qui s’installait.

Une fois arrivés dans le grand salon privé servant de bureau à Yrsa, la directrice invita son hôte à s’installer et lui proposa un café brûlant. Andras prit place face à elle tandis qu’elle allumait la cheminée, dont les flammes vinrent danser lentement dans l’âtre. La lumière vacillante se mêlait à l’éclairage tamisé de la pièce, révélant un décor soigneusement entretenu, où les boiseries anciennes, les étagères chargées de livres et les objets d’un autre temps conféraient à l’ensemble une atmosphère à la fois chaleureuse et profondément énigmatique.

 

Alors qu’ils savouraient leur café, la lumière extérieure déclina bien trop rapidement, comme si le jour lui-même s’effaçait prématurément. Yrsa rompit finalement le silence en se levant pour resservir.

Elle observa Andras avec une attention froide, presque clinique, comme si chaque détail de son attitude pouvait dissiper le voile de mystère entourant le mercenaire.

 

  • Je ne vais pas passer par quatre chemins, mon cher Andras. J’ai bien peur d’avoir découvert votre petit secret.

  • Ah oui ? répondit-il d’une voix suave. Lequel ?

  • Malheureusement, pas celui de votre identité, ni des traits qui se dissimulent sous ce masque.

 

Andras posa lentement sa tasse sur la table, sans précipitation.

 

  • Ne me faites pas perdre mon temps, madame Delacroix.

  • Comptiez-vous m'informer de la présence des quatre variants que vous dissimulez dans l’aile ouest ?

 

Andras ne montra aucune réaction. Son masque demeura parfaitement immobile, figé dans une neutralité presque inhumaine, tandis que sa respiration restait lente, contrôlée, maîtrisée par des années de dissimulation, de mensonges et de survie.

 

  • Ces prisonniers m’appartiennent, reprit Andras avec une détermination froide. Ils sont d’une importance capitale pour madame de Roselys.

 

Le visage d’Yrsa Delacroix se crispa aussitôt à l’évocation de ce nom, comme si une tension ancienne, jamais apaisée, venait d’être ravivée en un instant.

 

  • Jane… Où avais-je la tête ? Vous êtes son agent de main, prêt à obéir à ses moindres injonctions tel un chien rapportant un morceau de bois à son maître, cracha-t-elle sans chercher à dissimuler le mépris qui perçait dans sa voix. Cependant, je gage que vous êtes un homme d’action, la peur semble vous être étrangère, reprit-elle avec une douceur calculée qui contrastait dangereusement avec la violence de ses mots. Veuillez répondre à mes deux questions restées en suspens : où étiez-vous passé, et qui sont ces quatre variants ?

  • Je suis parti vers le sud, dans les ruines de Los Angeles, pour tenter de trouver des armes, des vivres, et tout ce qui pourrait nous être utile dans notre lutte. Et pour les quatre variants… je suis certain que vous connaissez déjà leur identité.

 

Yrsa Delacroix se rapprocha lentement d’Andras, réduisant la distance entre eux avec une assurance glaciale, tandis qu’il soutenait son regard sans la moindre hésitation. Une tension sourde s’installa, presque palpable, comme si l’air lui-même s’était alourdi sous le poids de leur affrontement silencieux.

 

  • Oui, je sais déjà qui ils sont, rétorqua Yrsa. Lydia Sorel ne s’est pas montrée aussi obstinée que vous.

  • Cessez de mentir, madame Delacroix. C'est cette petite entremetteuse stupide et incompétente de Sarah Garden qui vous a tout rapporté !

 

Un silence bref, presque coupant, suivit cette accusation.

 

  • Sarah, veuillez entrer, je vous prie… avec le médecin.

 

La porte s’ouvrit aussitôt, et Sarah entra en compagnie de Lydia, leurs présences venant alourdir encore davantage l’atmosphère déjà tendue du bureau. Yrsa, immobile, semblait savourer le malaise qui s’installait progressivement entre ses interlocuteurs, comme une spectatrice attentive d’un jeu dont elle maîtrisait déjà l’issue.

 

Andras, quant à lui, ne doutait pas de la loyauté de Lydia, qui s’était toujours montrée fidèle à Jane et à son équipe, même dans les moments les plus incertains. En revanche, la simple présence de Sarah éveilla en lui une animosité contenue, brûlante, qu’il s’efforça pourtant de dissimuler derrière son calme apparent. Il la détestait avec une intensité froide, presque méthodique, et il savait, à la manière dont elle soutenait son regard sans détour, que ce mépris était parfaitement réciproque.

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