










CHAPITRE 13
«LA SENTENCE DE GLACE»
Année 2117 | 25 janvier, 9 h 30 – Site Mu, Golden Valley, Santa Clarita - Californie
Deux mois s’écoulèrent depuis l’arrivée du groupe composé de Sidonie, Hannah, Lucas et Erik au sein du site Mu. Leur situation n’évolua guère comme ils l’espéraient. Ils étaient dissimulés dans une partie du complexe où peu de gens osaient se rendre, hormis Andras et les anciens résidents du site Alpha. Malgré les visites périodiques de Walter et de Lydia, qui passaient de longues heures à discuter des changements notables concernant la BMRA et l’état du monde dans cette réalité alternative, Andras écoutait bien plus qu’il ne révélait d’informations importantes, notamment lorsqu’il était question de Jane et de Hiro, toujours absents. L’homme se garda de révéler quoi que ce soit à Yrsa Delacroix, la directrice du site Mu, ou à son fidèle lieutenant, l'Islandais Aron Waage, car il jugeait cette éventualité trop risquée pour la survie des quatre captifs que cette réalité croyait morts.
Lydia comprit qu’Andras Visarin n’éprouvait aucune véritable affinité pour Yrsa Delacroix, qu’il connaissait depuis peu et dont la froideur tranchait avec celle, plus maîtrisée et distinguée, de Jane Roselys. Il ne faisait aucunement confiance à la directrice du site Mu, mais il faisait preuve d’une diplomatie irréprochable afin de ne pas s’attirer les foudres de son hôte, une femme aussi hautaine qu’inflexible. Personne n’osait remettre en question ses ordres, et le compromis ne faisait aucunement partie de son logiciel.
Yrsa usa de nombreuses stratégies pour deviner les traits de l’homme dissimulés derrière ce masque blanc, au point que cette curiosité devienne une obsession silencieuse. Pis, Andras entretenait ce mystère avec une aisance presque insolente, ce qui ne faisait qu’attiser davantage la curiosité qu’il suscitait chez la majorité des femmes du complexe, tandis que les hommes qui connaissaient sa réputation préféraient l’éviter plutôt que de se confronter à lui.
Un jour, Lydia Sorel crut reconnaître Andras Visarin de dos, de longs cheveux attachés en queue de cheval, la même silhouette élancée. Puis l'homme se tourna vers elle. Dépourvu de masque, seulement équipé de lunettes laissant apparaître des yeux entièrement cristallins, dépourvus d'iris et de pupilles. Ce n'était pas Andras, mais Aron Waage. Cette simple évidence fit croître un profond malaise dans l'esprit de Lydia.
Des rumeurs circulaient dans les couloirs du site Mu : on racontait qu’Andras méditait de longues heures tard le soir près de la cheminée, immobile, une rose rouge entre les doigts, tandis que la lumière du feu glissait sur son masque impassible. Sa chemise, parfois entrouverte, laissait entrevoir un torse sculpté tel un athlète d’escrime avec une précision presque irréelle, détail qu’il ne cherchait ni à dissimuler, ni à exposer davantage. Il savait qu’on l’observait. Et il laissait faire.
Le soir du 20 janvier 2117, Yrsa lui offrit du vin rouge pour détendre l’atmosphère. Andras demeurait pourtant poli, toujours aussi aristocratique, mais détaché et plongé dans ses pensées.
Une heure plus tard, Lydia s'approcha de la cheminée où Andras se tenait, seul, observant silencieusement les flammes avec son calme habituel.
-
Excuse-moi, Andras. La « colombe » s’est réveillée, chuchota-t-elle.
-
Excellente nouvelle, répondit le mercenaire sans tourner la tête.
-
J’ai du nouveau concernant mes recherches…
-
Chut, docteure Sorel. Pas entre ces murs, chuchota Andras en se rapprochant de l’oreille de Lydia.
-
Très bien.
-
Tenez, dit Andras en tendant une magnifique rose à Lydia. J’avais omis de vous la donner.
Lydia prit la fleur et esquissa un léger sourire, charmée par cette délicate attention.
-
Merci, Andras, j’en prendrai grand soin.
-
Faites attention à vous, docteure. L'air a changé.
-
Je ferai attention. Bonne nuit, Andras.
L’homme la salua avec respect en baissant très légèrement la tête.
***
Malgré son réveil chaotique, Sidonie ne cessait de penser à Kahlan, son amant mort dans la précédente réalité, et aux hommes qu’elle avait tués en leur plantant leur propre couteau dans le cœur. Cette violence ne lui ressemblait pas, mais malgré la nécessité de survivre, elle se sentait déchirée entre le désespoir et la violence qu’elle ne pouvait supporter.
Un jour, Lydia trouva la jeune femme passant de longues minutes à se laver les mains jusqu’à en abîmer sa peau, comme si un sang invisible maculait ses doigts. Sa culpabilité la poursuivait dans les instants de solitude, et lorsque le sommeil tentait enfin de l’emporter, Sidonie revoyait le visage de Kahlan, marqué par l’épuisement et le chagrin.
Tout semblait s’y superposer, jusqu’à former une confusion constante. La confiscation du pendentif de Sidonie par Andras la plongea dans un état proche du manque, une léthargie douloureuse semblable à celle d’une dépendance impossible à combler. Lydia tenta de comprendre ce phénomène inexplicable malgré des analyses démontrant un excellent état de santé. La jeune femme refusa de parler de ce point au médecin.
Lorsqu’il venait lui rendre visite, Andras se montrait d’une douceur inattendue. Aucun geste brusque, aucune parole inutile, seulement une respiration lente, une contemplation silencieuse. Il se contentait parfois de la soutenir lorsqu’elle vacillait, ou de lui tendre un mouchoir lorsque la rage suivie de sanglots devenait trop violente. Sidonie n’arrivait pas à croire qu’il soit vivant, lui qui était mort dans la précédente réalité en se sacrifiant pour elle. Pourtant, chaque fois qu’il se trouvait près d’elle, Sidonie ressentait ce dévouement silencieux, cette présence attentive qui ne cherchait ni reconnaissance ni gratitude.
Même lorsqu’elle ne disait rien, Andras restait là, assis dans un fauteuil, les mains posées sur ses jambes croisées, simplement pour lui rappeler qu’elle n’était pas seule. Il tint sa promesse en lui offrant une rose, que Sidonie conserva précieusement jusqu’à retirer les pétales un à un avant même qu’elle ne fane, comme pour suspendre le temps.
Lorsqu’elle releva la tête vers lui, la jeune femme eut l’impression d’observer une entité hors du monde : un masque blanc encadré de cheveux blond vénitien tombant avec une régularité presque fascinante.
-
Qu'est-ce qui te tourmente ? murmura Andras.
-
Quelle est ma raison de vivre si Kahlan est mort ? Pourquoi devrais-je détruire la BMRA si tout espoir a disparu ? s'énerva Sidonie.
-
Tu as déjà la réponse à ces questions, belle colombe.
Une lueur fragile traversa le regard de Sidonie avant de disparaître presque aussitôt.
-
Qui es-tu, Andras ? finit-elle par demander.
-
Je ne suis personne, répondit-il d'un ton sec.
-
Ta voix me rappelle Kahlan...
L'homme masqué demeura silencieux et hocha lentement la tête.
Sidonie s'approcha de lui avec lenteur, chaque pas accélérant les battements de son cœur dans sa poitrine. Andras ne bougea pas d'un cil, l'observant dans ses moindres gestes avec une attention presque instinctive. Puis, dans une douceur infinie, la jeune femme porta délicatement sa main jusqu'au masque verni d'Andras et en caressa la surface lisse du bout des doigts. Il détourna aussitôt le regard, fixant un point invisible devant lui, toujours parfaitement immobile, tandis que sa respiration demeurait d'un calme presque irréel.
Sidonie revit alors cet instant tragique de la précédente réalité temporelle, lorsque Andras, grièvement blessé, le masque fendu sur une partie de son visage, laissait apparaître une fine parcelle de peau maculée de sang. Retrouver aujourd'hui cette surface blanche, intacte, aussi froide qu'irréelle, l’apaisa aussitôt.
Lorsqu'elle retira enfin sa main, Andras recula à peine. Ses yeux bleus revinrent aussitôt sur elle, cherchant en silence à comprendre ce qui traversait son esprit. Il ne trouva aucune réponse. Son regard s'attarda pourtant quelques instants sur les discrètes taches de rousseur qui parsemaient le visage de la jeune femme.
-
N'as-tu jamais perdu quelqu'un, Andras ? demanda finalement Sidonie dans un murmure.
Un silence discret s’étira dans la pièce, comme si même les murs attendaient sa réponse.
-
Mon identité, répondit-il finalement d’une voix basse et mesurée. Quand cesseras-tu de te torturer ?
Puis, il inclina légèrement la tête vers elle.
-
Reprends des forces, déesse du temps. Je veillerai.
-
Et mon pendentif ? demanda Sidonie.
-
Bientôt, murmura l'homme masqué. Puis il referma doucement la porte.
Le 24 janvier, Sidonie perçut un bourdonnement dans son oreille semblable à une cloche venant de sonner. Rien de tel ne s’était naguère produit, et la jeune femme garda cette information pour elle. Sidonie angoissait à l’idée qu’il pourrait s’agir de l'éloignement de son pendentif, ou de quelque chose qu’elle ne pouvait encore expliquer. Quoi qu’il en soit, le désespoir et la colère continuaient de ronger lentement son esprit.
***
Lucas, de son côté, restait profondément marqué par ce bouleversement de réalité et par les conséquences pesant sur son avenir. Il profita de la présence de Lydia pour obtenir des informations sur Jane, sur sa mère Illyria, ainsi que sur les autres membres de sa famille. Mais le médecin bienveillant ne put lui répondre avec précision à toutes ses interrogations, car les communications avec l’Empire Europa étaient devenues extrêmement difficiles, sans compter les risques que ces tentatives faisaient peser sur ceux qui les entreprenaient clandestinement.
-
Ma mère a le droit de savoir que je suis en vie, docteure Sorel, insista Lucas.
-
J’en suis consciente, Lucas, murmura Lydia avec douceur. Peut-être que Jane arrivera à la prévenir, car cette histoire est tout de même incroyable.
-
Parfois, j’aimerais que tout ceci ne soit jamais arrivé, que toutes les souffrances que nous subissons n’aient jamais existé.
Lydia prit place à côté du jeune homme assis sur son lit. Elle posa sa main sur la sienne.
-
Tu as raison, Lucas. Nous avons tous perdu quelque chose en choisissant cette vie, et le prix à payer a été terrible. Pourtant, je ne regrette pas d’avoir abandonné l’illusion de mon ancienne vie où la BMRA nous traque et nous emprisonne pour ses projets funestes. Je suis certaine que tu as un rôle à jouer dans toute cette histoire, comme nous tous. Tu m’as expliqué que, dans l’autre réalité, la moitié de notre groupe avait péri, et ici, c’est l’inverse. C’est plutôt encourageant, tu ne trouves pas ?
Lucas prit quelques secondes pour réfléchir. Les paroles de Lydia résonnaient en lui comme une petite flamme prête à réveiller un brasier éteint.
-
Merci beaucoup, docteure Sorel. Les autres vont bien ?
-
Ils se remettent doucement. Je suis consciente que cette solitude forcée est pesante, mais nous ne devons courir aucun risque.
-
Je comprends…
A l’inverse, les rapports entre Lucas et Andras demeuraient étranges. L’homme masqué continuait de lui rendre visite avec cette aura de mystère qui semblait s’épaissir au fil des jours. Il occupa ces deux mois à entraîner Lucas et Erik au combat rapproché, discipline dans laquelle les deux jeunes hommes échouaient à chaque tentative. Pourtant, cette fois, Lucas comprenait que le mercenaire ne cherchait plus à souligner ses faiblesses, mais à le préparer. Erik, quant à lui, subissait les conséquences de sa télépathie, et des secrets que Jane lui avait permis d’entrevoir durant sa séquestration à Bêta.
Lucas étouffait dans cette attente interminable, dans ce manque de liberté latent qui le renfermait toujours davantage loin des siens. Être enfermé entre quatre murs, tandis que le froid devenait chaque jour plus mordant et que le monde poursuivait sa chute au-dehors, nourrissait en lui une impatience qu’il parvenait de moins en moins à contenir.
Alors qu’il scrutait son reflet dans un petit miroir terni, Lucas sentit soudain des bras s’enrouler doucement autour de sa taille, suivis de lèvres qui déposèrent sur son cou un timide baiser. Une vague de répit l’envahit aussitôt, dissipant pour un instant le tumulte de ses pensées.
-
Qu’est-ce que tu fais ? murmura-t-il.
-
Je voulais seulement m'assurer que tout allait bien, susurra une voix douce.
-
Arrête, s’il te plaît. Andras risque de débarquer d’une minute à l’autre.
À contrecœur, Erik interrompit ses gestes, comme si le simple nom d’Andras avait suffi à briser l’instant fragile qui s’était installé entre eux. Pourtant, il resta étroitement collé à Lucas, son menton reposant sur son épaule, ses bras toujours noués autour de sa taille.
-
Il ne pourra pas me voir, indiqua Erik.
-
Peut-être… répondit Lucas, visiblement préoccupé. Mais je refuse qu’il comprenne ton stratagème et qu’il s’en prenne à toi.
-
Je m'en fous, moi, qu’il aille se faire voir, s'agaça Erik. J'en ai marre d'être retenu ici !
-
Tu as raison, continua Lucas en se retournant vers le télépathe. Reste tranquille, ne dis rien et contente-toi d'obéir pour ne pas t'attirer des ennuis.
Lucas s'attarda quelques instants sur le visage fatigué de son jeune camarade.
-
Pff... Dès qu'on en aura l'occasion, on s'enfuit tous les deux !
-
Je ne me cacherai plus désormais, répondit Lucas.
Le léger mouvement de tête qu'esquissa Lucas suffit à montrer sa désapprobation face à ce plan facile qui ne promettait qu’une fuite de plus. Une telle décision allait à l’encontre de la promesse qu’il avait faite à Andras de détruire la BMRA et de l’espérance de Lydia. La détermination d’acier qui passa dans son regard suffit à tendre l’atmosphère, et Erik comprit qu’il avait franchi une limite invisible, et il renonça immédiatement à l’éventualité de fuir seul une nouvelle fois.
Il demanda l’autorisation à Lucas de profiter quelques secondes de plus de cette stase télépathique pour une dernière étreinte. Il murmura un « pardon » dans l’oreille de son ami avant de rompre le lien télépathique qui reliait leurs esprits.
Lucas sentait leur lien se renforcer peu à peu grâce à cette télépathie leur permettant d’échanger malgré la pesante solitude et une quarantaine imposée. Mais le jeune homme tempérait souvent les élans passionnés de son jeune ami, refusant de se perdre dans une illusion, aussi réconfortante soit-elle, pour fuir une réalité devenue oppressante.
Ces moments étaient essentiels pour leur équilibre, mais au fond de lui, Lucas aspirait à laisser les sentiments naître et à vivre quelque chose au grand jour sans se cacher dans un monde virtuel ou télépathique, sans mensonges ni secrets, et surtout sans cette nécessité constante de se dissimuler pour survivre contre l’agence.
***
Le matin du 25 janvier 2117, Andras conduisait un fourgon banalisé jusqu’à atteindre l’imposant portail d’une vaste école privée, guidé par des panneaux lumineux à demi ensevelis sous une neige fraîche. Golden Valley School apparaissait comme un lieu improbable pour abriter une section du Projet HOPE, et pourtant, aucun soupçon des autorités ou de la BMRA n’avait jamais pesé sur cet établissement. Tout y était minutieusement pensé pour passer inaperçu, jusqu’aux agents eux-mêmes, jeunes pour la plupart, qui adoptaient l’apparence et les habitudes de véritables élèves d’un internat de la Fédération Unie. L’encadrement pédagogique et technique assumait son rôle, conditionnant et entraînant près de deux mille variants avec la rigueur d’une armée en devenir.
Mais cette présence de recrues, rassemblées sous l’autorité de Yrsa Delacroix, ne relevait en rien d’un acte de charité. Elle n’éprouvait aucun scrupule à sacrifier ses troupes lors d’opérations d’envergure contre l’agence ou le gouvernement fédéral, privilégiant l’affrontement direct à toute forme d’infiltration. L’endoctrinement et la propagande contre les humains pratiqués au sein de Santa Clarita alimentaient un conflit idéologique grandissant entre Yrsa et Jane, une fracture désormais manifeste à l’échelle de plusieurs sites du Projet HOPE. Dans cette guerre silencieuse, les méthodes importaient peu ; seuls les résultats comptaient.
Les lourdes grilles de fer s’ouvrirent automatiquement pour laisser passer le véhicule. Andras, vêtu chaudement en prévision de la tempête annoncée, observa les arbres centenaires qui bordaient l’allée, leurs branches ployant sous le poids d’une neige dense. Lorsqu’il coupa le moteur et descendit du fourgon, un silence inhabituel s’imposa immédiatement, pesant, presque irréel, comme si le lieu retenait son souffle.
Quelqu’un l’observait sur le perron de l’établissement.
Au sommet des marches du bâtiment principal, immobile, se tenait Yrsa Delacroix, une femme d'âge mûr de grande taille et d'origine islandaise. Elle fixait Andras avec une intensité glaciale, semblable à une statue dressée à l’entrée d’un sanctuaire. Grande, soignée dans un tailleur noir à carreaux blancs, elle rappelait par certains traits Jane Roselys, tout en s’en distinguant par une dureté plus tranchante encore. Ses longs cheveux blancs étaient coiffés avec élégance sur le côté, et son regard ne tolérait ni détour, ni faiblesse.
Andras s’avança vers elle, ses cheveux dissimulés sous la capuche épaisse de son manteau. Il savait déjà que la directrice du site Mu ne lui laisserait rien passer.
-
Bonjour, madame.
-
Je vous attendais, Andras Visarin, répondit-elle avec une froideur maîtrisée. Où étiez-vous passé ?
-
Nous en parlerons à l'intérieur.
Yrsa observa longuement son masque, comme si elle cherchait à en fissurer la surface.
-
Une tempête approche. Serait-ce votre œuvre ?
-
Non. Je ne contrôle pas l’hiver, répondit Andras.
Un léger sourire effleura les lèvres rouges d'Yrsa, aussi raffinée que tranchante.
-
Dommage. Suivez-moi.
Dans le grand hall de l’école, Andras constata immédiatement l’absence inhabituelle de toute présence humaine. Le lieu, pourtant destiné à accueillir des centaines d’élèves, semblait vidé de toute vie. Instinctivement, il porta la main vers l’arme dissimulée sous sa veste, ses sens en alerte, comme si un danger invisible rôdait à proximité. Le silence, épais et oppressant, n’était troublé que par des bruits sourds, indistincts, qui semblaient provenir des profondeurs mêmes du bâtiment. Ils traversèrent plusieurs portes verrouillées par des mécanismes holographiques, puis s’engagèrent dans de longs couloirs faiblement éclairés, encombrés de meubles anciens et de tapis lourds qui étouffaient leurs pas, renforçant encore une impression qui ne quittait plus Andras depuis plusieurs jours.
Durant le chemin, Andras et Yrsa croisèrent Aron Waage, qui salua Yrsa d'un simple hochement de tête. Durant quelques secondes, Andras observa les yeux cristallins de cet homme à la sinistre réputation. Personne n'osait discuter les ordres d'Aron, car il ne laissait aucune place à la discussion ni à la désobéissance. Si l'Islandais d'une trentaine d'années au visage anguleux retirait ses lunettes, c'était pour régler un problème définitivement. Son visage scandinave, légèrement parsemé des stigmates d'une acné sévère, dégageait une aura aussi glaciale qu'inquiétante. Il demeurait constamment vêtu d'un simple pull beige, d'un bouc impeccablement taillé, tandis que ses cheveux blond foncé restaient toujours attachés par une queue de cheval.
Une fois arrivés dans le grand salon privé servant de bureau à Yrsa, la directrice invita son hôte à s’installer et lui proposa un café chaud, qu’il refusa par simple hochement de tête. Andras prit place face à elle tandis qu’elle allumait la cheminée, dont les flammes vinrent danser lentement dans l’âtre. La lumière vacillante se mêlait à l’éclairage tamisé de la pièce, révélant un décor parfaitement entretenu par la maîtresse des lieux : des boiseries anciennes, les étagères chargées de livres et les objets d’un autre temps conféraient à l’ensemble une atmosphère à la fois chaleureuse et profondément énigmatique.
Alors qu’elle savourait son café, la lumière extérieure déclina bien trop rapidement à cause de la tempête qui approchait, comme si le jour lui-même s’effaçait prématurément. Yrsa rompit finalement le silence en se levant pour se resservir. Ce fut à ce moment-là que Walter entra dans la pièce et fut invité à prendre place non loin d’Andras, qui repoussa sa capuche et déboutonna lentement sa chaude veste sans la retirer.
Toujours aussi calme, Andras patientait pour comprendre pourquoi il avait été convoqué avec Walter pour une entrevue improvisée. L’Écossais nota un changement d’intensité dans la respiration d’Yrsa Delacroix et dans la production d’adrénaline malgré son assurance contrôlée à la perfection.
Yrsa observa Andras avec une attention froide, presque clinique, comme si chaque détail de son attitude pouvait dissiper le voile de mystère entourant le mercenaire.
-
Merci de nous avoir rejoint, Walter Penfrom. Bien, je vais être directe : j'ai découvert votre petit secret.
-
Vraiment ? répondit-il en levant à peine les yeux dans sa direction.
-
Rassurez-vous, ce n’est pas encore votre visage.
Andras croisa ses jambes tout en conservant ce maintien impeccable. Il plaça ses mains sur ses cuisses, et scruta le visage d’Yrsa pour essayer d’y relever le moindre indice de ladite découverte.
-
Allez à l'essentiel, madame Delacroix.
-
Comptiez-vous m’informer de la présence des quatre variants que vous dissimulez dans l’aile ouest ?
Le masque ne montra aucune réaction, immobile, figé dans une neutralité presque inhumaine. D’après Walter, la respiration d’Andras demeurait aussi contrôlée que son rythme cardiaque, comme à l’accoutumée.
-
Ces prisonniers sont ma propriété, répondit-il finalement. Ils sont essentiels pour madame de Roselys.
Le visage d’Yrsa Delacroix se crispa aussitôt à l’évocation de ce nom, comme si une tension ancienne, jamais apaisée, venait d’être ravivée en un instant. Walter le ressentit aussitôt dans l’air expulsé par la directrice du site Mu.
-
Oh, Jane Roselys… Où avais-je la tête ? Vous êtes tous les deux ses agents de main, tels des chiens rapportant docilement l’os qu’on leur a demandé de dénicher, lâcha-t-elle avec un mépris à peine voilé.
Elle marqua ensuite une pause, ses yeux glacés détaillant lentement la silhouette d’Andras, comme si elle en évaluait chaque ligne, chaque posture. Ni Andras ni Walter ne relevèrent les remarques acerbes d’Yrsa.
-
Et pourtant…, reprit-t-elle doucement, sa voix reprenant son intonation naturelle sans perdre sa froideur. Je dois reconnaître que vous avez quelque chose de plus que les autres. Une efficacité rare. Une absence totale d’hésitation. La peur ne semble pas faire partie de votre langage.
Les deux hommes restèrent muets.
-
Veuillez donc éclairer ma curiosité, monsieur Visarin. Où étiez-vous passé… et surtout, qui sont ces quatre variants que vous dissimulez clandestinement dans mon établissement sans m’en avoir informée ?
-
Je suis parti vers le sud, dans les ruines de Los Angeles, pour récupérer des ressources. Armes, vivres… tout ce qui pourrait nous être utile.
Derrière son masque, ses yeux glacés fixèrent Yrsa, toujours immobile. Elle se tourna vers Walter.
-
Est-ce vrai, monsieur Penfrom ? Dites-moi immédiatement si vous comptez nous aider ou partir comme des fugitifs ?
-
Mon collègue agit à sa guise, je n’ai aucun ordre, instruction à lui donner, répondit Walter de manière martiale. Pour votre seconde interrogation, je laisse madame Roselys décider ce qu’il adviendra de notre collaboration.
Le visage d’Yrsa dessina un rictus à peine perceptible.
-
Vous connaissiez l’existence de ces variants captifs, monsieur Penfrom ?
-
Affirmatif, répondit Walter.
-
Ainsi, vous l’admettez. Je préfère la franchise à la dissimulation, répliqua Yrsa en fixant Andras.
Ce dernier décroisa les jambes et se leva tel un félin pour se diriger vers la bibliothèque. Il se positionna contre le meuble, les bras croisés, et Yrsa perçut que la position du corps de l’homme masqué exprimait un refus de toute critique sur ses agissements.
-
Qu’avez-vous à répondre, monsieur Visarin ?
-
Vous avez la confirmation de Walter, il n’y a rien de plus à ajouter.
-
Vous semblez récalcitrant à admettre que vous insultez mon hospitalité dans mon propre établissement ? insista Yrsa.
-
Sauf votre respect, madame, intervint Walter, je suis certain que tout ceci peut s’arranger.
Yrsa écouta à peine les paroles censées de Walter pour se lever à son tour et se rapprocher d’Andras avec une assurance glaciale, presque impériale. Son mariage annulé avec Romain Delacroix permit à Yrsa de goûter au raffinement et à l’élégance de l’empire Europa, mais elle ne pouvait rivaliser avec Jane Roselys et l’aristocratie.
Andras ne bougea pas d’un centimètre à l’approche d’Yrsa, comme s’il s’était préparé toute sa vie à affronter une telle force de caractère. Walter n’osa pas intervenir au risque de relancer le débat et de faire basculer cet échange dans un conflit verbal. Il préférait l’apaisement plutôt que l’escalade.
-
Qui sont ces quatre personnes, jeune homme ? Je vous déconseille de me mentir.
-
Je suis certain que vous connaissez déjà leur identité, répondit Andras en frisant l’insolence, mais toujours de manière maitrisée.
Les regards se croisèrent sans fléchir, alourdissant l’atmosphère déjà pesante du lieu. Le froid semblait envahir la pièce malgré le feu de la cheminée toujours crépitant.
-
Ah ! Et comment le saurais-je ? demanda Yrsa avec arrogance.
-
Sarah Garden, répondit Andras, le ton aussi sec que tranchant.
-
Sarah ? lança Walter, surpris.
Yrsa retourna s’assoir, satisfaite de ce petit échange qui révéla une vérité dérangeante pour Walter, mais qu’Andras avait déjà prévue.
-
Vous conviendrez que la présence du descendant de Jane Roselys, du prince héritier déchu de l’ancienne Suède, d’une catalyste temporelle hautement dangereuse et d’une illusionniste ne plaide guère en votre faveur. Ces gens ne sont-ils pas censés être morts, me tromperais-je ?
-
Ils le sont officiellement, répondit Andras.
-
Et comment est-ce possible ? insista Yrsa.
-
Ne comptez pas sur moi pour vous donner toutes les réponses, madame.
Soudain, Yrsa tapa du poing sur la table, laissant libre court à son agacement face à la réponse du mercenaire masqué. Walter ressentit une violente décharge d’adrénaline émanant de la directrice du site Mu. Il s’interrogeait sur le dénouement de cette entrevue devenue aussi intense qu’explosive verbalement.
-
Vous frisez l’insolence, Andras Visarin ! fit Yrsa, visiblement crispée.
-
Vous me faites perdre mon temps, madame Delacroix. Énoncez vos doléances sans plus tarder.
-
Puisque vous insistez, lança-t-elle avec mépris avant d’appuyer sur sa tablette holographique. Aron, venez dans mon bureau avec la docteure Lydia Sorel et Sarah Garden.
La cécité irréversible de Walter l’empêchait de regarder directement Andras, mais il sentit pour la première fois chez son collègue un minuscule changement temporaire dans son rythme cardiaque lorsque le nom de Lydia Sorel fut prononcé par Yrsa. Selon Walter, cette variation cardiaque laissait croire qu’il s’agissait d’une inquiétude passagère qui s'estompa rapidement avant de laisser place au calme habituel du mercenaire masqué.
Tout le monde demeura immobile dans un silence assourdissant jusqu’à entendre des pas se rapprocher de la porte du bureau de la directrice. Deux femmes pénétrèrent dans la pièce, suivies d'Aron Waage, dont les lunettes masquaient toujours ses étranges yeux cristallins.
-
Sarah Garden, docteure Sorel, veuillez prendre place, je vous prie, ordonna Yrsa.
Le visage rond de Sarah esquissait un léger sourire narquois quand elle passa non loin d’Andras. Son œil droit demeurait dissimulé derrière un cache-œil noir, tandis que ses cheveux, mal ordonnés, accentuaient une allure négligée par des vêtements sombres.
La présence de Sarah éveilla en lui une hostilité froide, précise, qu’il contint sans effort et parut presque invisible au nez surdéveloppé de Walter. Andras la fixa un instant, sans détour, et comprit immédiatement, à la manière dont elle soutenait son regard, que ce mépris était parfaitement réciproque. Walter sentit une légère transpiration émaner d’Andras, plus particulièrement de ses mains qu’il serrait. Cela ne présageait rien de bon.
Après avoir pris place, les deux femmes perçurent immédiatement la tension qui régnait dans la pièce tel un orage grondant dans les cieux. L’air sembla plus lourd, plus dense, comme si chacun mesurait désormais sa place dans un jeu dont Yrsa seule détenait les règles. Elle se tenait à son bureau, parfaitement immobile, observant la scène avec une attention presque satisfaite, comme une spectatrice qui aurait déjà anticipé chaque réaction, chaque tension à venir. Aron Waage demeura à ses côtés, les mains derrière le dos, immobile comme une sentinelle.
Andras, quant à lui, ne doutait pas de la loyauté de Lydia et de Walter, demeurés fidèles à Jane en toutes circonstances. Pas pour Sarah.
-
Vous vouliez nous voir, madame Delacroix ? demanda Lydia, visiblement surprise par cette convocation.
-
En effet, docteure Sorel, répondit Yrsa avec une maîtrise parfaite de sa voix. J’indiquais à ces messieurs que je suis au courant pour les quatre variants.
Lydia se tourna vers les deux hommes, puis machinalement à l’attention de Sarah.
-
Comment est-ce possible ? demanda Lydia, désarçonnée.
-
Sarah, dis-leur comment tu l'as découvert, ordonna Aron d'une voix ferme
-
Vos travaux étaient visibles sur le réseau interne du site Mu, indiqua Sarah, parfaitement calme.
-
Et tu t’en es servis ? Pourquoi ?
Yrsa refusa que le médecin et l’informaticienne détournent l’entrevue de son véritable but.
-
Vous admettez donc avoir tenté de me tromper avec votre équipe, docteure Sorel ? insista Yrsa.
-
Je ne pouvais pas priver ces personnes, variantes ou non, de soins, madame Delacroix, répliqua Lydia.
-
Vous avez menti et volontairement dissimulé ces informations, docteure, vous et vos collègues, asséna Aron.
Durant un instant, Lydia resta interdite par la réponse de Sarah, comme si les mots et les actes de la jeune femme refusaient de prendre sens aux yeux du docteure. Le médecin soupira, oubliant que la fourberie se nichait autant chez les ennemis que chez les alliés. Lydia ne pouvait comprendre pourquoi Sarah l’avait trahie en l’espionnant pour tout rapporter à Yrsa.
Le médecin se tourna vers Andras, cherchant instinctivement une réaction, un indice, mais l’homme masqué demeurait parfaitement immobile et étranger à la moindre émotion, fixant silencieusement Aron avec une attention presque clinique. Walter demeura silencieux, même si son visage ne pouvait masquer une déception manifeste envers sa jeune collègue informaticienne.
Yrsa émit un léger toussotement, satisfaite de nouveau de la discorde qu’elle avait elle-même orchestrée.
-
Chère docteure, nous réglerons ce détail plus tard, car tout dépendra de la réponse que vous donnerez à ma requête.
-
Que voulez-vous dire ? fit Lydia, circonspecte.
Yrsa ouvrit un dossier papier sur son bureau pour y lire quelques notes.
-
Jane Roselys vous a recrutée pour prouver que les variants font partie intégrante de l’évolution humaine. Depuis votre arrivée, vos récentes recherches auraient permis de développer un antivirus capable de détruire le virus « V » répandu insidieusement par l’agence. Est-ce exact ?
-
Oui, en quelque sorte. Je ne suis qu’aux prémices d’un vaccin, il me faut le tester en conditions réelles.
Durant un instant, Andras perçut une expression étrange dans les yeux glacés d'Yrsa.
-
Je vais reformuler ma question : pensez-vous in fine que vos recherches permettraient d’éradiquer le fléau de la BMRA, docteure Sorel ?
-
C’est fortement possible, madame, mais je…
Les lèvres d’Yrsa esquissèrent un sourire qui n’avait rien de chaleureux. En observant son hôte, les bras d’Andras se décroisèrent pour retomber le long de son corps élancé, prêt à agir.
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…Parfait, coupa Yrsa, c’est exactement ce que je souhaitais entendre.
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Sauf votre respect, reprit Lydia, je ne comprends toujours pas pourquoi vous souhaitiez parler de ce sujet ?
Yrsa referma le dossier pour remettre les feuilles aussi droites que possible.
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C’est très simple, docteure. Vous allez me confier toutes vos recherches et vos travaux.
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Pardon ?
Walter et Lydia restèrent bouche bée face à la demande d’Yrsa qui n’avait rien d’une demande ou d’une requête. Walter distingua plusieurs odeurs lui provoquant un début de migraine : la transpiration, le stress, une respiration artificiellement maîtrisée de plusieurs personnes déversaient un flux perpétuel d’informations que son cerveau devait analyser. Mais une même signature revenait sans cesse : une sensation de froid que son instinct associa immédiatement à Yrsa, cela ne faisait plus aucun doute désormais.
Andras dirigea sa main discrètement vers son holster, tandis que le feu de la cheminée s’estompa soudainement, diminuant encore la température déjà basse de la pièce.
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Je vais vous le répéter une dernière fois : vous allez me confier tous vos travaux et vos recherches sans réserve. Et cela n’est aucun cas une demande. Que répondez-vous ?
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Madame Delacroix vient de vous laisser une dernière chance. Réfléchissez bien avant de répondre... murmura Aron.
Lydia prit le temps de reprendre sa respiration et de penser aux conséquences de son choix. Elle scrutait le sol de la pièce, les mains tremblantes, la respiration saccadée, tandis que les tambourinements de son cœur résonnaient dans ses oreilles. Walter voulut l’aider, en la rejoignant, mais le médecin ne lui en donna pas le temps.
Après quelques instants qui parurent une éternité aux yeux de tous, Lydia répondit d’une voix claire :
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Il n’en est pas question. Mes recherches doivent servir à sauver, et non pas à contrôler.
Une tension fugace traversa le visage d'Yrsa avant qu'il ne retrouve son impassibilité. Elle ne pensait pas que le sens du devoir de Lydia l’emporterait sur sa propre vie.
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Dans ce cas, sachez que je suis navrée.
Pendant une fraction de seconde, Lydia crut qu’Yrsa allait se raviser et lui permettre de continuer ses recherches.
Yrsa Delacroix leva simplement la main vers le plafond avant de pointer Lydia. Une stalactite glacée transperça l’abdomen du médecin au niveau de la poitrine. L’impact lui coupa le souffle, et un cri étouffé mourut dans sa gorge, tandis que ses mains se refermaient instinctivement sur sa blessure, déjà envahie par la chaleur du sang qui maculait sa blouse blanche. Elle tomba de son siège, les mains tremblantes, les yeux exorbités de douleur.
Les deux hommes se retrouvèrent impuissants face à cette attaque soudaine.
Andras tendit son bras pour créer une puissante bourrasque en direction de Sarah qui la frappa de plein fouet pour la projeter contre la bibliothèque. Sonnée et encore sous le choc, elle n’était plus capable d’utiliser ses dangereux capacités d’électrokynésie. Puis Andras dégaina son arme pour viser directement Yrsa Delacroix, mais Aron fit apparaître un mur de diamant impossible à détruire par de simples projectiles. La température de la pièce continua de chuter brutalement sous l'effet du pouvoir d'Yrsa.
Walter se précipita vers Lydia et la prit dans ses bras, alors que l’odeur du sang du médecin envahit peu à peu ses narines. Les pulsations de Lydia s'affaiblissaient déjà sous ses doigts, et sa respiration s’amenuisait trop vite ; il n’y avait plus une minute à perdre pour tenter de la sauver. Walter ne pouvait retirer la stalactite sans risquer une hémorragie fatale à cause de la blessure étant trop proche du cœur. Il n’était pas médecin, et la rapidité de l’attaque l’empêchait de prodiguer à Lydia le moindre soin.
Yrsa observa les variants fuir avec un très léger sourire glacial effleurant ses lèvres. Elle actionna les haut-parleurs du site pour lancer un appel :
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Alerte générale. Veuillez relâcher les prisonniers et prendre en chasse Andras Visarin, ainsi que ses acolytes dans l’aile ouest. Je les veux en vie, même s’ils sont infectés.
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Je vais me joindre à eux, indiqua Aron
Andras ouvrait la voie, suivi de près par Walter qui portait Lydia inconsciente dans ses bras. Ils ne courraient pas, car l’air manipulé par le mercenaire était devenu leur allié, les propulsant à une vitesse vertigineuse vers les premiers obstacles. Dans cette fuite désespérée pour rejoindre l’aile ouest du complexe, Andras et Walter tombèrent sur deux variants faisant jaillir des flammes pour les neutraliser.
Walter ne sentait pas l’odeur de poudre émanant du pistolet d’Andras, car les munitions allaient bientôt lui manquer inéluctablement. Il opta pour utiliser une compétence aussi terrible qu’implacable : la bulle d’air dépourvue d’oxygène, tuant presque instantanément les variants qui osaient leur barrer la route. Ils moururent asphyxiés presque sur le coup, leurs organes compressés par la pression de l’air retiré par Andras.
Ils entendaient des pas rapides dans leur direction, et Andras se dirigea dans une pièce reculée et ferma la porte. Walter crut qu’il pourrait aider Lydia dans ce refuge temporaire, tandis que les variants du site Mu poursuivaient toujours les deux variants fugitifs.
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Nous devons l’abandonner.
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Attends ! Elle est encore en vie, répondit Walter.
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Nous ne pouvons pas la sauver. Laisse-moi abréger ses souffrances.
Walter savait au fond de lui qu’Andras avait raison, mais abandonner une alliée aussi précieuse que Lydia lui fendait le cœur. Durant quelques secondes, son esprit l’empêchait de prendre la moindre décision, jusqu’à déposer lentement Lydia au sol, inconsciente et agonisante. Dans un dernier geste désespéré, Walter ramena les bras du médecin sur son ventre pour y placer ses mains l’une sur l’autre.
Il demeura près d’elle, jusqu’à ce qu’Andras s’agenouille à son tour pour observer Lydia Sorel un dernier instant. Sa tête se pencha légèrement sur le côté, puis il effectua un léger salut pour une alliée tombée au combat pour ses idéaux. Il s’empara doucement du stéthoscope autour du cou du médecin et le confia à Walter. Le coup de feu acheva Lydia, qui ne pourrait plus sauver quiconque désormais.
Malgré cette lourde perte, les deux hommes devaient partir le plus rapidement possible pour rejoindre les quatre jeunes variants toujours enfermés dans leur cellule de fortune.
***
Les quatre variants entendirent l’alerte lancée par Yrsa Delacroix, réveillant en chacun d’eux une terrible angoisse. Erik utilisa sa télépathie pour visiter Lucas, Hannah et Sidonie pour tenter de comprendre, mais personne ne possédait la réponse à ce chaos. Lucas ordonna à Erik de pousser sa télépathie au maximum afin de trouver un moyen de s'échapper, mais son esprit n’était pas capable d’agir tel un corps astral se matérialisant physiquement où il le souhaitait. Le jeune homme ne connaissait pas l’étendue des lieux, et les portes étaient verrouillées par un badge d’accès détenu uniquement par Andras.
Ce fut l’unique fois de sa vie où Erik espérait revoir Andras et les autres pour sortir de cet endroit, mais l’homme masqué n’apparaissait toujours pas.
Il rassembla ses forces afin de matérialiser son esprit dans les longs couloirs à peine éclairés de l’aile ouest, où l’humidité et les fissures dévalaient sur des parois peu entretenues. Erik avança le plus possible, mais son pouvoir l’empêcha d’aller trop loin sans lui demander un effort psychique surhumain. Il préféra reculer, tenter de trouver de l’aide si quelqu’un apparaissait.
Soudain, tout au bout du couloir, il aperçut un individu :
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Hey, s’il vous plait, venez nous sortir de là ! Nous ne sommes pas… qu’est-ce que c’est ? Oh putain !
Erik écarquilla les yeux quand il comprit son erreur : l’individu, dont les vêtements étaient arrachés à plusieurs endroits, saignant abondamment, n’était plus un humain, mais une créature infectée par le dangereux virus « V » de la BMRA. Tétanisé par cette vision d’horreur, Erik vit l’individu se ruer dans sa direction et se jeta sur lui. Il s’agissait, fort heureusement, de son esprit télépathique, le variant infecté le traversa en tentant de mordre le jeune homme qui ne s’attendait pas à survivre à cet assaut. Il disparut immédiatement aux yeux de la créature pour revenir dans sa chambre, tenter de barricader la fragile porte avec son lit et l’unique commode avant qu’il ne soit trop tard.
Il prévint aussitôt Lucas, Hannah et Sidonie du danger qui rôdait dans les couloirs, et leur cellule oppressante devint aussitôt leur seul moyen de protection. Erik indiqua à chacun de barricader la porte comme lui et de rester les plus silencieux possible. Lucas demanda à Erik de ne plus utiliser sa télépathie pour le moment afin de conserver ses forces.
À mesure que les minutes s’écoulaient, ils entendirent des pas, puis des grognements bestiaux, de plus en plus insistants dans les coursives. Hannah plaça ses mains devant sa bouche pour éviter de crier et masquer sa respiration haletante. Sidonie et Lucas, privés de leur catalyseur respectif, ne pouvaient espérer intervenir en utilisant leurs dons. Hannah, toujours sous l'effet du bloqueur injecté par Lydia avant son départ pour le bureau d’Yrsa, demeurait tout aussi impuissante. Malgré l’injection, le pouvoir mental d’Erik n’était pas totalement inhibé, mais seulement amoindri.
Chacun tremblait à l’idée d’être repéré par les créatures de plus en plus nombreuses, dévalant les lieux à la recherche de chair fraîche à se repaître.
Texte en cours d'écriture
Texte cadre 2





